RÉALϟSATϟON

Comment réaliser un long-métrage utopique et cohérent entre le fond et la forme ?

 

 

Un cinéma sobre

Il nous tenait à cœur que la manière de faire le film fasse écho aux intentions que celui-ci défend. Nos préoccupations de citoyen·nes et notre pratique artistique doivent se rejoindre. Nous aspirons à un cinéma sobre. Sobre, pas ascétique, pas effondré : un cinéma désirable, humain, profond, inventif, un cinéma qui se fait dans la joie et qui n’a pas besoin de moyens faramineux.

De toute façon, nous avons goûté comme spectateur·rices à la toute-puissance des effets spéciaux ; nous avons vu des dinosaures plus vrais que nature et des planètes qui explosent ; ce n’est pas l’impossible surenchère qui nous fait fantasmer – c’est de réenchanter le monde !

Étincelles ayant été « éco-conçu » dès le départ, dans une recherche de sobriété maximale sur tous les aspects, son bilan carbone (estimé notamment grâce à l’outil CarbonClap d’Ecoprod) est estimé à moins de 1,5tCO2eq.

 

 

 

… mais pas précaire

Faire un film coûte cher, même sans vaisseaux spatiaux, dès lors qu’on rémunère dignement celleux qui y participent. C’est ce que nous aurions aimé pour Étincelles. Malheureusement, ne parvenant pas à financer le projet via les circuits classiques, et compte tenu de l’urgence écologique et sociale, nous avons décidé de le réaliser quand même, avec une équipe bénévole, en faisant appel au financement participatif, et en nous engageant à répartir au plus juste les éventuelles recettes dégagées par le film terminé. Nous avons convenu d’une rémunération proportionnelle au temps de travail, au même barème pour toute l’équipe quel que soit le poste, avec quelques exceptions pour les personnes les plus précaires qui ont pris part au tournage. Nous avons également fait en sorte de planifier le tournage d’une manière qui garantisse des horaires confortables pour toustes, même en cas d’imprévus.

 

 

 

« Un film à faire ensemble »

Tout comme L’An 01, qui (malgré son casting…) nous inspire beaucoup, Étincelles a été conçu comme « un film à faire ensemble ». L’intelligence collective est au cœur du récit, et devait également se retrouver dans le processus de fabrication du film. C’est pourquoi nous avons fait le pari d’une petite équipe où chacun·e est écouté·e, et a une grande liberté quant aux décisions artistiques concernant sa spécialité, qu’il s’agisse de l’image, des costumes, du montage… Il n’y a pas la vision dominante d’un·e réalisateur·rice au service de laquelle les autres se rangent, mais la recherche de la complémentarité.

De même, nous avons choisi de faire travailler les comédien·nes en improvisation semi-dirigée, à partir d’une trame discutée en amont. Ainsi, en plus d’une spontanéité qui rappelle vraiment le documentaire, nous souhaitions permettre à chacun·e de s’approprier le récit, d’en explorer différemment certaines parties, d’insister ou non sur des aspects auxquels nous n’avions pas toujours pensé.

 

 

 

Représenter l’utopie

Montrer un futur utopique avec peu de moyens est un beau défi. Pour cela, nous avons décidé de tourner uniquement dans des décors “naturels” : des lieux déjà existants et qui nous paraissent donner un avant-goût de ce à quoi notre 2050 désirable pourrait ressembler. Des tiers-lieux, des friches urbaines, des habitats coopératifs… Décors hétéroclites, âpres ou chaleureux, vivants. La diversité des costumes ainsi que des corps des interprètes est également une manière de construire, avec des images plutôt que du discours, un aperçu de ce futur désirable. L’écologie, l’intersectionnalité, la créativité… ont guidé nos choix dans ces domaines.

 

Gwenvaël Bigi, chef op

 

 

Images d’archive ?

Notre volonté était de suggérer le Black-out plus que le montrer la panne de 2025. Forcément, l’immense majorité des caméras sont inutilisables, et on a autre chose à faire que filmer ! C’est principalement à travers les récits des différents personnages interviewés que l’on peut (re)vivre la panne. Mais nous avons également créé quelques « images d’archive », en prenant des photos, en tournant de brèves séquences au smartphone, en détournant ou retouchant des images préexistantes (foundfootage), et surtout grâce à l’un des personnages, qui a dessiné ses souvenirs.